Comment les Jeux Olympiques de Rio (2016) ont favorisé l’essor de la boxe en France ?

Tony Yoka
Estelle Mossely et Tony Yoka, médaillés d’or en boxe lors des Jeux Olympiques de Rio (2016)

Larry Larson est entraîneur de boxe au niveau amateur dans les Yvelines (78) depuis 4 ans. Initialement assistant, il a désormais pris la place de titulaire en tant que coach. Selon lui, la réussite de la délégation française de boxe lors des Jeux Olympiques de Rio a grandement participé à l’amélioration de l’image de cette discipline. Pourtant peu médiatisé, la boxe gagne aujourd’hui a être connue, et semble maintenant attiré même les plus sceptiques.

En quoi les Jeux Olympiques de Rio ont modifié l’image de la boxe en France ? 
« Tout simplement parce que des français ont rapportés des médailles et cela faisait un long moment qu’ils n’avaient pas été sur le podium dans cette discipline. La médaille d’or de Tony Yoka, ainsi que celle de sa compagne Estelle Mossely avec l’emballement médiatique que cela a engendré ont fait adhérer de nombreuses personnes à ce sport. »


Avez-vous remarqué une augmentation significative du nombre d’adhérents ? « Totalement ! L’effet JO (Jeux Olympiques) a fait grimper le nombre d’inscriptions avec un engouement énorme assez soudain. »

Ce phénomène est-il lié au besoin de se défouler, ressenti à cause du stress notamment ?
« Bien sûr, le fait de taper est un défoulement total car lorsque que l’on tape, notre cerveau est déconnecté pour schématiser vulgairement. Le but est de se lâcher au maximum et les gens apprécient cela. »

Quels sont les éventuelles nouveautés en matière de techniques d’entraînement ou plus simplement dans les règles de ce sport ? 

« La boxe obéit toujours au même schéma : vous avez un ring, avec un arbitre au milieu, des juges, et des combattants en fonction de leurs catégories de poids. Concernant les techniques d’entraînement, elles ont été adaptées pour le loisir et ne représentent pas les mêmes exigences que pour la compétition. Ce que veut le public de nos jours, c’est se muscler en se défoulant par la même occasion, et le fait d’être mis dans des conditions de combat officiel dans le cadre du loisir ne les intéressent pas. La boxe reste tout de même très technique mais pour ma part, je ne cherche pas à ce que mes élèves aient un esprit de compétiteur. »

Est-ce la dimension spectaculaire qui attire le plus selon vous ? 
« La définition de la boxe anglaise c’est « Noble art » et il y a eu une époque où elle était très prisée en France avant d’être délaissée par les médias particulièrement à cause du manque de figures emblématiques. Ce n’est que depuis les JO que les gens se sont rendu compte de la beauté de ce sport qu’ils avaient perdu de vue. »

Pourquoi ce sport se démocratise-t-il de plus en plus à l’heure actuelle ? 

« L’image de la boxe perçue comme un sport de brute s’estompe peu à peu même si cela reste de la bagarre. L’avènement de certaines figures comme Tony Yoka qui en plus de tout donner sur le ring, sait s’exprimer correctement face aux médias a beaucoup plu aux Français, toutes catégories sociales confondues. En ce moment, beaucoup de clubs privés ouvrent leurs portes et la boxe n’est plus réservée uniquement aux jeunes de quartiers, puisque même les travailleurs hauts placés la pratique désormais. On retrouve d’ailleurs souvent des spectateurs appartenant à une classe sociale plutôt aisée lors des matchs. »

Diriez-vous qu’une personnalité comme Estelle Mossely médaillée d’or aux JO de Rio, a conduit à augmenter le pourcentage de femmes présentes lors de vos entraînements ? 

« Pour vous donner un ordre d’idée, chez les adolescents, avant les JO, sur vingt élèves, j’avais maximum cinq filles. Maintenant c’est totalement l’inverse puisque sur trente élèves j’ai vingt-cinq ou vingt-six filles. Du côté des adultes, les hommes demeurent majoritaires mais les femmes apprécient de plus en plus la boxe puisqu’elles n’ont plus cette image de la personne qui va « se casser le nez ». Lorsqu’elles voient des femmes comme Estelle Mossely, très coquette en dehors de sa vie sportive, elle se disent que tout est possible. »

La boxe permet aux femmes de s’émanciper dans un sens ? 

« Exactement ! Elles se libèrent totalement, se défoulent, en sachant que tout le monde reste sur un pied d’égalité. En plus de cela, il existe désormais des stages de boxe réservés aux femmes, ce qui a un côté rassurant pour celles qui ont tendance à penser que l’homme ne saura pas toujours se maîtriser. Au sein du club par exemple, nous faisons en sorte de faire des cessions entraînements uniquement pour les femmes. »

La boxe a-t-elle été plus médiatisé qu’auparavant à la suite des JO de Rio ?

« Nous sommes un pays voisin de l’Angleterre où il existe d’immenses promoteurs, ce qui offre une vitrine publicitaire considérable. En France Malamine Koné a mis à l’honneur la boxe anglaise avec des affiches pour des galas organisés uniquement dans le pays, accueillant des boxeurs célèbres tels que Marvin Petit ou Franck Petijean par exemple. Ring star a également contribué à mettre en avant la boxe mais les Etats-Unis restent les maîtres en la matière. Canal + a notamment repris les droits télévisuels de la boxe et une chaîne comme L’Equipe TV a commencé à diffuser des combats, ce qui a créé un effet boule de neige. »

Comment voyez-vous l’avenir de la profession ?

« Le problème majeur en France ne provient pas des formations sportives, mais nous manquons de professionnalisme pour les athlètes. De nombreux boxeurs ne parviennent pas à vivre de ce métier contrairement à des pays comme l’Angleterre où les Etats-Unis. Pour les boxeurs français, l’avenir réside dans le fait que la discipline devienne un vrai métier, car cela fait défaut à nos athlètes en compétition mondiale qui ne peuvent alors pas rivaliser avec des sportifs qui pratiquent tous les jours. C’est cette barrière qui empêche encore les boxeurs français d’atteindre des titres mondiaux. Rester en France et vivre de ce sport est compliqué voire impossible sauf rares exceptions comme Tony Yoka justement ou Carlos Takam. »

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