
Erwann Aly est éducateur au sein de l’association sportive Fontenay-le-Fleury Football (ASFF). Il s’occupe des catégories U15 (13-14 ans) et U10-U11 (entre 8 et 10 ans). Il effectue cette année son service civique au club et vient également d’obtenir son diplôme d’arbitre officiel. Désormais vice-président à seulement 22 ans, il s’investi pleinement dans sa nouvelle fonction.
Quels sont vos rapports avec ces jeunes ?
« Ma mission principale est de leur inculquer des valeurs et de leur apprendre des règles de bases de la vie de tous les jours, en particulier lorsque certains parents n’ont pas nécessairement le temps d’être sur leurs dos en permanence. Avec les U15, je me comporte plus comme un grand frère un peu taquin alors que je m’efforce d’être plus strict avec les U11 pour éviter que la situation ne dégénère ».
Les parents sont-ils présents pour leurs enfants ?
« Ils sont particulièrement présents lors des tournois surtout chez les plus jeunes, mais plus on monte dans les catégories, plus leur présence se fait rare. Malheureusement ce sont souvent des enfants issus de familles nombreuses qui se retrouvent livrés à eux-mêmes. Dans certains cas je représente parfois une des seules figures adultes à laquelle ils peuvent se référer » s’étonne-il.
Quelle image les enfants ont-ils de vous ?
« La plupart me voit comme leur éducateur même si de plus fortes affinités se créent avec certains lorsque je les côtoient depuis qu’ils sont tout petit. A partir de ce moment-là, c’est plus une relation de grand frère qui s’instaure. Je suis leur professeur de football et ils savent que mon but est de les faire progresser en établissant une relation de confiance avec eux. »
La mixité sociale est-elle respectée au sein du club ?
« Je m’occupe de jeunes d’origines diverses et ce sont loin de n’être que des noirs ou des arabes comme certains peuvent le penser » regrette-il. « J’entraîne aussi bien des enfants d’origine française, asiatique, italienne, malienne, ou encore maghrébine. Cela prouve bien que la couleur de peau ou la religion n’importent pas. J’essaye simplement de réunir tout le monde autour d’une même passion. »

Comment gérez-vous l’entente entre ces jeunes provenant de différents milieux sociaux ?
« La tenue du club est obligatoire, ce qui provoque un fort sentiment d’appartenance. Je vois tous les jours des enfants issus de quartiers riches se lier d’amitié avec des enfants de quartiers populaires ce qui est loin d’être anodin. Ils ont tous conscience qu’il seront confrontés à des personnes plus aisés et d’autres sans doute moins qu’eux. Chacun est logé à la même enseigne, sinon on ne peut pas travailler sereinement ».
Existe-t-il des aides du club pour les familles ayant des difficultés financières ?
« Il faut savoir qu’une licence coute 165 euros. C’est un prix très abordable au regard de l’ensemble des activités et de la formation proposée. Aux alentours, ce prix varie généralement entre 180 et 300 euros maximum en fonction du standing du club. Les parents n’ont pas le couteau sous la gorge et peuvent régler en plusieurs fois par chèque, à des dates échelonnées. On s’adapte aux besoins des familles sachant qu’à partir du deuxième enfant inscrit, le club applique des tarifs réduits.
Vous avez déjà été confronté à des problèmes de racismes ?
« Absolument pas. Ils savent que c’est totalement incompatible avec notre discours basé sur la tolérance. Certains sportifs originaires de la ville comme Flavien Tait (joueur professionnel au SCO d’Angers), Rémi Gomis (ancien joueur du FC Nantes) ou encore Aurélien Colin (joueur des Red bulls de New-York) ont valeur d’exemple pour les plus jeunes car ils ont tous grandis dans des milieux sociaux très différents ».
Certains enfants sont-ils victimes de préjugés ?
« Si tu as le temps de porter des jugements, c’est que tu n’en as pas assez consacré à l’apprentissage. Ils aiment se charrier et mon rôle est de surveiller s’ils font la distinction entre l’humour d’une part et la méchanceté gratuite de l’autre ».
Que faites-vous lorsqu’ils franchissent cette limite ?
« Je leur rappel simplement que tous les week-ends ils porteront le même maillot. Je ne souhaite pas les obliger à être amis mais ils ne doivent rabaisser leur coéquipier sous aucuns prétextes ».
Quel est la position du club en termes d’exemplarité ?
« Il existe une grande cohésion entre les éducateurs des différentes catégories. Nous faisons tout pour s’aligner sur le même discours. Tout ce que nous faisons est préparé à l’avance, avec des horaires précis à respecter pour donner l’exemple, sinon on perd toute crédibilité.

Comment a évolué le club depuis ces dernières années ?
« Le club d’aujourd’hui n’est absolument pas celui d’il y a 5 ans. Nous avons désormais un directeur technique diplômé au niveau UEFA du nom de Hichem Bouacha. Il nous apporte toute son expérience du milieu footballistique, ce qui est une plus-value énorme pour l’association » se réjouit-il. « Les éducateurs sont formés de plus en plus tôt, afin de comprendre les rouages de notre projet dès leur arrivée ».
Organisez-vous des activités extra sportives avec le club pour les enfants ?
« Lors de chaque période de vacances scolaires, nous organisons des stages de cinq jours comprenant des activités sportives, des loisirs, et un repas le midi. Depuis peu, les catégories allant des U11 aux U13 se rendent à Machecoul (département de la Loire-Atlantique 44270) pendant trois jours pour un tournoi. Cela permet aux enfants d’être dépaysé et de créer des liens plus intimes avec leurs coéquipiers ».
Pensez-vous que votre discours est efficace en dehors du football ?
« Il a forcément une résonance même si je ne prétends pas faire leur éducation. Ce dont je m’aperçois c’est que leur attitude ne change pas en dehors du cadre sportif. Certains sont plus mature que d’autres certes, mais je fais en sorte qu’ils restent tous sur le droit chemin ».