
Mahamat Cherif et Jean Yves Lalanne commentent le live sur Twitch en direct (par Bonamy Killian)
L’E-Sport est un marché dont la croissance a fait un bond de 44% depuis sa création. Le secteur est devenu rentable grâce au sponsoring, à la vente, ou au merchandising. La G-zones est une start-up française implantée dans l’E-Sport qui forme les talents de demain pour les mettre en lumière.
Personne ne soupçonnerait l’existence de ce centre de formation académique pour les « gamers ». Pourtant c’est au sein de ce bâtiment totalement isolé qui ne laisse en rien présager d’un univers virtuel que s’est installée toute une équipe qui opère dans l’ombre avec pour mots d’ordres l’humour et la détente.
Mahamat Cherif en est le co-fondateur. Sous ses allures de cadre en entreprise, c’est un mentor pour les joueurs, qui se charge de polir ces diamants brut du jeux vidéo pour en faire les étoiles montantes de la discipline. Il entretient une relation complice avec eux et les prend sous son aile afin de les amener vers le sommet.
Les caméras, les casques, les écrans d’ordinateurs, et équipements derniers cris sont la preuve que ce précurseur du domaine a su parfaitement s’adapter à l’ère du numérique :
« Organiser des Lives (direct) permet à nos joueurs de gagner en influence et en notoriété. Nous avons fait le choix stratégique de nous placer sur le secteur de la web TV qui est très en vogue. »

Interview de Omar, joueur Fifa à la G-Zones à la suite d’un match remporté (par Bonamy Killian)
Mahamat est fin prêt pour commenter le live sur Fifa 19, qui sera retransmit sur la plateforme de streaming Twitch. Il va s’égosiller avec entrain et passion sur chacun des buts de son poulain pendant plusieurs heures. Dans la pièce à côté, a savoir la « gaming room » c’est une toute autre ambiance.
« Je m’entraine environ 35h par semaine »

Maillot de l’équipe floqué du nom Yazinho de son vrai nom Redouane, (par Bonamy Killian)
Et pour cause, Redouane « Yazinho » est prêt à en découdre. Concentration extrême, plus un mot dans la salle. Il entre dans sa bulle et rien ne semble pouvoir le déconcentrer. Très peu expressif, il enchaine les matchs les uns après les autres sans démontrer le moindre signe de relâchement. Un véritable robot écrasant tout sur son passage, qui ne reprend vie qu’à la fin de chaque rencontre. Son bilan sera d’ailleurs de 29 victoires, pour une seule défaite.

Ce jeune Dyonésiens est un personnage atypique, plutôt introverti et calme de nature. Mais derrière cette discrétion apparente se cache un monstre d’ambition :
« Je ne peux pas me permettre de rentrer bredouille à la maison. Je dois prouver à mes parents que l’E-Sport me fait gagner de l’argent. Quand je rentre avec des chèques ils sont fiers de moi ».
Surveillant dans un lycée la semaine, Redouane garde les pieds sur terre. Ce pragmatisme lui permet de ne pas se faire d’illusions quant à un éventuel avenir dans l’E-Sport :
« Je ne suis pas payé donc je ne considère pas cela comme un vrai métier. Je m’entraine environ trente-cinq heures par semaine, mais cela reste une passion. Avec de l’abnégation, et surtout beaucoup de motivation, on peut rapidement se professionnaliser. »
Un secteur qui gagne à être connu
En France, beIN Sports diffuse des émissions consacrées à l’E-Sport. De plus en plus de marques s’y intéresse puisque Vitality qui est le leader du marché s’est récemment mis en partenariat avec Renault. Mahamat souhaite d’ailleurs surfer sur cette vague :
« De plus en plus de clubs se professionnalisent car les acteurs en dehors de ce marché y voient des projections intéressante ».
Il croit dur comme fer que l’E-Sport est armé pour devenir une activité rémunératrice à moyen terme :
« D’ici cinq à dix ans, on peut s’attendre à ce que le salaire d’un joueur avoisine les six chiffres. Il y a tout ce qu’il faut pour que cela devienne une vraie profession. »
Chargée de communication chez G-Zones, Pauline a pleinement conscience que la présence sur les réseaux sociaux est un atout majeure qu’il faut savoir utiliser :
« C’est là que tout se passe. C’est un vivier de « gamers » et de marques en tout genre dont il faut s’entourer pour gagner en crédibilité. »
Un chemin encore semé d’embuches
En Asie et aux Etats-Unis, les joueurs sont des stars. L’Europe a un train de retard, même si la France possède une place honorable à l’échelle continentale derrière la Suède et la Russie. Mahamat aimerait que les acteurs du marché s’unissent afin de partager les gains d’un marché fructueux :
« Toutes les équipes devraient collaborer entres elles afin de créer des championnats pour se répartir les droits TV et engranger des bénéfices bien plus conséquents. »
L’E-Sport n’est pas encore très connu du grand public. Atteindre le niveau professionnel n’est pas impossible mais demeure compliqué dans un secteur devenu ultra concurrentiel comme le confirme Mahamat :
« Il faut s’entrainer et s’améliorer sans cesse, être solide mentalement, mais surtout gagner des trophées avec en tête l’objectif numéro un qui reste la performance. »